Le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia) n’est pas une plante, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, mais l’un des plus grands et des plus beaux papillons de nos forêts européennes.
Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce spécimen fascinant.
1. Pourquoi ce nom curieux ?
Le nom de ce papillon ne vient pas de son régime alimentaire, mais de sa couleur. Au XVIIIe siècle, la manufacture de Séville avait le monopole du tabac en poudre. Pour lui donner une teinte ocre-rougeâtre caractéristique, on y ajoutait une poudre minérale appelée almagro. La couleur des ailes du mâle rappelait tellement ce tabac espagnol que les naturalistes de l’époque l’ont baptisé ainsi.
2. Comment le reconnaître ?
C’est un papillon imposant avec une envergure pouvant atteindre 55 à 70 mm.
- Le Mâle : Ses ailes sont d’un orange vif, parsemées de taches noires. On remarque quatre grandes stries noires parallèles sur les ailes antérieures (ce sont des écailles spéciales appelées « androconies » qui diffusent des phéromones pour séduire les femelles).
- La Femelle : Souvent plus terne, elle tire vers le vert-olive ou le brun-gris. Il existe une forme rare et magnifique appelée valesina, très sombre et aux reflets bronzés.
- Le Revers : C’est son signe distinctif. Le dessous des ailes postérieures est vert lavé d’argent, avec des bandes nacrées qui brillent au soleil.
3. Habitat et Mode de vie
Le Tabac d’Espagne est un amoureux de la forêt. On le trouve principalement :
- Dans les clairières, les lisières de bois de feuillus et les chemins forestiers.
- Il apprécie particulièrement les fleurs de ronces, de chardons et d’eupatoires pour se nourrir de nectar.
- C’est un excellent voilier, puissant et rapide, capable de voler à la cime des arbres avant de descendre brusquement pour butiner.
4. Un cycle de vie original
Sa reproduction suit un schéma assez particulier :
- Plante hôte : La chenille se nourrit exclusivement de violettes (Viola).
- La ponte : Curieusement, la femelle ne pond pas sur les violettes, mais dans les fentes de l’écorce des troncs d’arbres (souvent des chênes ou des pins), à proximité des tapis de violettes.
- L’hivernage : La minuscule chenille éclot à la fin de l’été, ne mange rien (à part sa propre coquille d’œuf) et se cache immédiatement pour hiberner. Elle ne commencera à se nourrir qu’au printemps suivant, en descendant le tronc pour trouver ses violettes.
5. Période d’observation
C’est un papillon univoltin (une seule génération par an). Vous aurez le plus de chances de l’observer entre fin juin et début septembre, avec un pic d’activité en juillet.
Le saviez-vous ? Lors de la parade nuptiale, le mâle vole en cercles serrés autour de la femelle, l’inondant de ses phéromones produites par les stries noires de ses ailes pour la convaincre de s’accoupler.

Laisser un commentaire